La question écrite adressée par Mohamed Ouzzine, secrétaire général du parti de l’Istiqlal et chef de file du Mouvement Populaire dans l’opposition, au ministre de la Santé et de la Protection sociale, n’a rien d’un simple exercice bureaucratique. Elle ressemble davantage à un cri d’alerte politique, révélateur d’un climat social tendu face à la dégradation continue des conditions sanitaires dans les hôpitaux publics du Royaume.
D’Agadir à Taounate, de Taza à Safi, en passant par des zones montagneuses isolées comme Aït Bougmez, les manifestations se multiplient. Elles ne traduisent plus des incidents épisodiques, mais bien les symptômes d’une crise structurelle touchant l’un des droits constitutionnels les plus fondamentaux : le droit à la santé.
Or, malgré la batterie de lois récemment adoptées – la loi-cadre 06.22 sur le système national de santé, la loi 08.22 créant les groupements sanitaires territoriaux, la loi 09.22 instituant l’Agence nationale du médicament, et la loi 10.22 relative à l’Agence du sang – la réalité reste implacable : urgences saturées, rendez-vous interminables, pénurie chronique de personnel médical, absence d’équipements essentiels, voire de simples fournitures comme des pansements ou des sérums antivenimeux. Comment expliquer un tel décalage entre discours officiel et vécu quotidien ?
Le paradoxe des chiffres et des résultats
L’interpellation d’Ouzzine pose une question cruciale :
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Si le budget de la santé connaît une hausse substantielle, pourquoi les citoyens ne perçoivent-ils aucune amélioration tangible ?
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Où s’évapore cet effort budgétaire, s’il ne se traduit ni par des lits supplémentaires, ni par des équipements, ni par une meilleure prise en charge des malades ?
Les rapports des institutions de gouvernance elles-mêmes confirment les dysfonctionnements profonds d’un secteur qui peine à se réformer, malgré les moyens annoncés.
Des protestations évitables
Les mobilisations populaires observées dans plusieurs villes et villages ne sont pas seulement l’expression d’une colère citoyenne. Elles représentent aussi un coût social et sécuritaire évitable. D’où la question :
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Fallait-il attendre que la rue gronde, plutôt que de tenir les promesses gouvernementales maintes fois répétées ?
Entre palliatifs et solutions radicales
Au fond, l’interrogation posée au ministre est simple mais décisive :
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La santé publique marocaine a-t-elle besoin de visites ministérielles ponctuelles et de mesures cosmétiques destinées aux médias ?
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Ou exige-t-elle une véritable thérapie de fond, capable de transformer les budgets alloués en résultats concrets dans la vie quotidienne des Marocains ?
Pour un débat national ouvert
Ce questionnement parlementaire ne devrait pas rester une formalité administrative. Il ouvre une brèche vers un débat national incontournable :
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Sommes-nous face à un problème de moyens financiers ou de gouvernance ?
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Comment faire en sorte que les réformes législatives cessent de rester théoriques et se traduisent en changements palpables dans les hôpitaux ?
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Quel modèle le Maroc pourrait-il adopter pour garantir une justice sanitaire territoriale, afin que le citoyen du village ou de la montagne ne soit plus condamné à l’attente ou à l’abandon ?
En définitive, la question d’Ouzzine met le gouvernement face à son épreuve la plus cruciale : a-t-il la volonté d’une réforme radicale du système de santé, ou se contentera-t-il encore de pansements sur une plaie béante ?



