Dans une logique de marché classique, une baisse de la demande entraîne automatiquement une diminution des prix. Pourtant, au Maroc, le marché des viandes blanches déjoue cette règle élémentaire : les prix continuent de grimper, alors même que la consommation a nettement reculé après la fin de l’été et de ses festivités.
Une question s’impose : qu’est-ce qui maintient les prix à un niveau aussi élevé malgré le ralentissement de la demande ?
Des explications qui peinent à convaincre
La Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA) attribue cette hausse au recul de l’offre, aggravé par des épisodes de mortalité des volailles durant la canicule du mois d’août. Mais pour l’Association marocaine de défense des droits des consommateurs, cet argument n’explique pas pourquoi les prix ne redescendent pas, malgré l’amélioration des conditions climatiques. Faut-il y voir un problème conjoncturel, ou plutôt le symptôme d’un déséquilibre structurel ?
Un État en retrait face aux fluctuations du marché
Alors que le pouvoir d’achat des ménages marocains s’effrite, le poulet, censé représenter l’alternative la plus accessible aux viandes rouges, devient à son tour un produit quasi inabordable. Cela soulève des questions de fond :
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Les mécanismes de contrôle des prix par les autorités sont-ils inefficaces ?
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Les intermédiaires et spéculateurs exercent-ils une influence plus forte que celle de l’État dans la régulation du marché ?
Des circuits de distribution trop longs
L’une des hypothèses majeures repose sur la complexité des circuits de distribution. Chaque intermédiaire ajoute sa marge, faisant exploser le prix final payé par le consommateur. N’est-ce pas là le signe d’un marché mal structuré, où l’absence de transparence et de régulation profite à certains au détriment de la majorité ?
La question de l’entente et de la concurrence loyale
Lorsque les prix se maintiennent artificiellement élevés en dépit d’un recul de la demande, la question d’éventuelles pratiques anti-concurrentielles ou d’ententes implicites entre grands acteurs devient légitime.
Le marché avicole marocain est-il vraiment ouvert et concurrentiel, ou bien dominé par quelques acteurs capables d’imposer leurs conditions ?
Les petits producteurs, premières victimes
Cette situation met en péril les petits et moyens éleveurs, qui subissent de plein fouet l’augmentation des coûts de production sans bénéficier de soutien ciblé. À terme, leur fragilisation pourrait renforcer encore davantage la domination des grands producteurs et réduire la compétitivité globale du secteur.
La protection du consommateur : un cadre légal inopérant ?
La loi 31.08 relative à la protection du consommateur offre un cadre juridique pour encadrer les prix et défendre les ménages contre les abus. Mais son application reste timide, voire inexistante. Dès lors, une interrogation s’impose : à quoi servent des lois non appliquées, si le consommateur demeure livré à lui-même face aux hausses arbitraires ?
Conclusion : un problème structurel plutôt que conjoncturel ?
La crise des viandes blanches illustre bien plus qu’un simple déséquilibre passager : elle met en lumière des dysfonctionnements structurels du marché marocain – insuffisance du contrôle public, poids excessif des intermédiaires, fragilité des producteurs indépendants, et soupçons de pratiques spéculatives.
Reste à savoir si le problème actuel n’est qu’un épisode ponctuel ou bien le signe d’une refonte nécessaire de tout le système de régulation et de distribution.



