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Entre le discours et la réalité : que cachent les déclarations d’Akhannouch ?

Lors de son entretien télévisé « Rencontre spéciale » diffusé sur Al Oula et 2M, le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a présenté son équipe comme une « majorité soudée » et une « expérience exemplaire », travaillant « avec sérieux et selon un agenda clair ». Un discours riche en signaux politiques, surtout dans un contexte préélectoral (législatives 2026), marqué par de lourds défis socio-économiques et par une opposition critique envers plusieurs aspects de l’action gouvernementale.

Pour saisir la portée de ce discours, il convient de le déconstruire : que cherche Akhannouch à mettre en avant ? Que passe-t-il sous silence ? Et quelles sont les réponses de l’opposition ?

Les axes mis en avant dans le discours

Une majorité gouvernementale soudée / la distinction entre action gouvernementale et action partisane
Akhannouch insiste sur le fait que l’agenda de son gouvernement est distinct de la vie partisane, laquelle tolère des divergences. Mais il affirme que l’action exécutive reste cohérente et structurée.

Travailler jusqu’à la dernière minute / achever les grands chantiers
Il assure qu’aucun temps ne sera perdu et que les réformes majeures (santé, éducation, protection sociale, eau, agriculture, investissements…) seront menées à terme avant la fin du mandat.

La supervision des élections / rôle du ministère de l’Intérieur
Akhannouch se dit satisfait que le ministère de l’Intérieur supervise les législatives à venir, estimant que c’est une garantie positive. Il rappelle que les partis ont déjà soumis leurs mémorandums relatifs au cadre électoral.

Les réussites du gouvernement / avancées économiques et sociales
Il cite les programmes liés à l’eau, la justice territoriale, l’augmentation des ressources publiques, le dialogue social, le soutien scolaire, la baisse de certains prix agricoles, ainsi que la réactivité de l’État après le séisme.

Les positions de l’opposition et les zones d’ombre

L’opposition ne s’est pas contentée d’écouter. Elle a multiplié les critiques :

  • Transparence des marchés publics : par exemple, le projet de dessalement de Casablanca suscite des soupçons de conflits d’intérêts. L’opposition exige une enquête indépendante.

  • Marginalisation du Parlement et de l’opposition : plusieurs groupes dénoncent le refus du gouvernement de débattre de dossiers sensibles (comme la crise des étudiants en médecine), ce qui a provoqué des retraits de séances parlementaires.

  • Érosion de la confiance citoyenne : malgré les chiffres économiques avancés par Akhannouch, des sondages révèlent un recul de la confiance des citoyens envers son gouvernement.

Les questions critiques à poser

  1. Quels indicateurs concrets pour le citoyen ?
    Les réformes annoncées se traduisent-elles réellement dans la vie quotidienne ? Combien de personnes bénéficient de la protection sociale ? Quels changements tangibles dans les zones marginalisées ?

  2. Comment seront gérées les élections sur le plan juridique ?
    Le rôle du ministère de l’Intérieur est présenté comme technique, mais quelles garanties existent pour assurer la transparence ? L’opposition aura-t-elle les moyens de surveiller efficacement le processus ?

  3. Quelle transparence dans les grands projets ?
    Le cas du dessalement illustre les craintes de favoritisme. Une évaluation indépendante des contrats, coûts et bénéfices publics est-elle prévue ?

  4. Comment le gouvernement traite-t-il l’opposition au Parlement ?
    Le refus de débattre de certaines questions brûlantes alimente les accusations de mépris institutionnel. Quelles limites sont posées à l’usage de l’article 152 du règlement intérieur ?

  5. Comment sont gérées les ressources financières accrues ?
    Akhannouch met en avant le bond des recettes ordinaires (229 Mds MAD en 2020 contre 427,4 prévus). Mais d’où provient cette hausse ? D’une pression fiscale accrue ? D’une meilleure gestion des impôts ? Et surtout, ces ressources sont-elles réellement réinvesties ?

Entre communication et réalité

Dépeindre le gouvernement comme une « expérience exemplaire » vise sans doute à renforcer la confiance interne et à préparer l’échéance de 2026. Mais cette rhétorique peut provoquer un effet inverse si les citoyens ne ressentent pas d’amélioration réelle.

L’engagement de « ne pas perdre de temps » est un message adressé aux électeurs : si le changement n’est pas radical, il doit au moins être concret.

Concernant les élections, la nuance entre supervision technique et intervention politique demeure un sujet de vigilance. Tout changement réglementaire devrait être discuté de manière transparente.

Les réalisations en matière d’eau, de gestion de crise (séisme), ou de finances publiques témoignent d’une capacité de gestion, mais nombre de projets restent en cours et exposés aux lenteurs administratives, aux résistances ou aux soupçons de manque de transparence.

L’opposition et le défi politique

Les partis (PJD, USFP, PPS, Mouvement Populaire, etc.) martèlent plusieurs critiques :

  • L’exécutif privilégie l’action directe au détriment du contrôle parlementaire.

  • Le discours d’« une majorité soudée » masque des tensions internes et des divergences partisanes.

  • La préparation des élections sert aussi à positionner le RNI sur l’échiquier politique plutôt qu’à se concentrer uniquement sur la gestion publique.

Conclusion : les opportunités et les pièges pour Akhannouch

Ses atouts s’il réussit :

  • Transformer son discours en résultats visibles dans l’eau, la santé, l’éducation et la protection sociale.

  • Garantir la transparence électorale, renforçant ainsi sa crédibilité.

  • Consolider les finances publiques tout en réduisant le gaspillage et l’endettement.

Ses risques s’il échoue :

  • Un discours perçu comme trop marketing, déconnecté du vécu quotidien.

  • Le mépris de l’opposition et du Parlement, fragilisant la démocratie représentative.

  • Les lenteurs administratives et les conflits d’intérêts potentiels, qui pourraient saper la confiance.

En somme, les déclarations d’Akhannouch traduisent une volonté de maîtriser le récit politique et de préparer la prochaine étape. Mais la vraie épreuve ne sera pas dans les mots, plutôt dans la capacité à livrer des résultats tangibles et à respecter le jeu démocratique.

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