Un débat crucial sur l’avenir de l’autonomie professionnelle au Maroc
Le débat continue de s’intensifier dans le paysage médiatique et politique marocain autour du projet de loi n°25-26 relatif à la réorganisation du Conseil national de la presse. Ce projet a rapidement suscité de larges critiques et réserves, tant de la part d’anciens ministres de la Communication que des instances syndicales et professionnelles du secteur. La question dépasse désormais le cadre législatif pour devenir un véritable enjeu symbolique sur l’avenir de la liberté de la presse et de l’autonomie professionnelle.
Anciens ministres : attention à la domination de l’argent et à l’exclusion de la société civile
Lors des séances d’écoute organisées par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) en début de semaine avec d’anciens ministres de la Communication, des positions critiques ont été exprimées.
Mohamed Nabil Benabdallah, ancien ministre de la Communication, a estimé que le projet repose sur une consultation inexistante, ouvrant la voie à une domination financière sur les médias. Il a souligné que la formule actuelle dévie de la philosophie initiale du Conseil, fondée sur un équilibre tripartite entre journalistes, éditeurs et société civile.
Des critiques similaires ont été exprimées par d’autres anciens ministres, indiquant que la loi proposée ne garantit pas suffisamment l’indépendance du Conseil et risque de le transformer en un instrument de contrôle plus que de régulation professionnelle.
Les syndicats s’élèvent : un projet « néfaste » qui menace l’autonomie
Parallèlement, quatre instances syndicales et professionnelles ont publié un communiqué conjoint qualifiant le projet de loi de « néfaste », considérant qu’il constitue une atteinte flagrante au principe d’autonomie professionnelle inscrit dans la Constitution.
La Fédération nationale de la presse marocaine, la Fédération marocaine des éditeurs de journaux, l’Union nationale de la presse et de la communication (UMT) et le Syndicat national de l’information et de la presse (CDT) ont insisté sur le fait que ce projet sert des intérêts politiques et économiques étroits, consolidant un pouvoir sans précédent et excluant les véritables organisations syndicales.
Les syndicats ont également dénoncé la rapidité de l’adoption prévue par le gouvernement devant le Conseil des conseillers le 8 septembre 2025, avant l’avis consultatif du CESE et du Conseil national des droits de l’homme, ce qui, selon eux, reflète une imposition du projet sans consensus.
Entre Parlement et corps professionnel : un bras de fer ouvert
Le projet de loi avait été adopté à la Chambre des représentants en juillet dernier par 87 voix contre 25, après une séance législative de plus de quatre heures. Ce processus rapide a suscité l’inquiétude des syndicats professionnels, qui affirment qu’ils continueront à plaider et protester contre le projet, tant à l’intérieur des institutions élues qu’à travers des actions professionnelles et citoyennes.
Analyse : crise de confiance ou redéfinition du paysage médiatique ?
Le projet 25-26 semble révéler un écart profond entre la vision gouvernementale et celle des acteurs professionnels. Alors que l’État considère la réorganisation du Conseil comme nécessaire pour corriger les failles antérieures, les opposants estiment que la formule actuelle prive le Conseil de son essence d’instance autonome et participative.
Ce débat pose des questions cruciales :
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Le Maroc se dirige-t-il vers un modèle médiatique davantage soumis aux logiques économiques et politiques, au détriment de l’indépendance professionnelle ?
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Ou bien cette controverse pourrait-elle ouvrir la voie à un compromis permettant de préserver l’équilibre entre les différentes composantes et restaurer la confiance dans les institutions professionnelles ?
Entre les avertissements des anciens ministres et les protestations des syndicats, le projet de loi se trouve à un carrefour décisif, pouvant définir le paysage médiatique marocain pour les années à venir, entre réforme participative ou imposition descendante.



