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Le cinéma marocain entre acquis législatif et défis concrets : les nouveaux décrets ouvrent-ils réellement la voie à l’avenir ?

Le cinéma marocain s’apprête à franchir une nouvelle étape décisive avec la publication des décrets d’application de la loi 18.23, relative à l’industrie cinématographique et à la réorganisation du Centre Cinématographique Marocain (CCM). Présentés par de nombreux professionnels comme une avancée majeure, ces textes ne se limitent pas à redéfinir la gouvernance du secteur, mais visent surtout à renforcer la protection des techniciens, colonne vertébrale de toute production audiovisuelle.

La protection des techniciens : un acquis historique

L’une des mesures phares qui a suscité un large écho concerne l’obligation d’intégrer les contrats techniques dans la demande d’autorisation de tournage. Dorénavant, les producteurs devront déposer ces contrats auprès du CCM avant d’obtenir leur permis, garantissant ainsi les droits contractuels des techniciens et réduisant les situations de précarité chronique qui minaient leur quotidien. Le décret étend également cette obligation aux contrats des réalisateurs, renforçant ainsi le cadre légal de la relation professionnelle entre toutes les parties prenantes.

Une approche participative et un pari sur la transparence

La Chambre nationale des professionnels de l’industrie cinématographique a salué l’effort consenti par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, ainsi que par le CCM, soulignant l’adoption d’une approche participative ayant permis aux organisations professionnelles de contribuer activement aux discussions. Cette méthode traduit une volonté nouvelle : instaurer une gouvernance plus transparente et mettre fin aux pratiques marquées par l’improvisation ou le manque de concertation.

Mais des questions persistent…

Malgré ces acquis, une interrogation demeure : ces décrets suffiront-ils à structurer une véritable industrie cinématographique nationale ?

  • Leur mise en œuvre effective constitue le premier défi : le CCM devra disposer de moyens humains et logistiques conséquents pour suivre, contrôler et garantir l’application de ces obligations.

  • Certains redoutent que ces nouvelles procédures ne deviennent un fardeau bureaucratique, risquant d’entraver les producteurs indépendants et émergents.

  • Au-delà de la réglementation, le cinéma a besoin d’une vision culturelle globale : encourager l’écriture scénaristique, soutenir la production locale, revitaliser les salles obscures, qui connaissent une crise structurelle.

Entre attractivité internationale et identité nationale

Grâce à ses infrastructures compétitives et à ses paysages diversifiés, le Maroc est devenu une destination de choix pour les grandes productions étrangères. Les nouvelles garanties offertes par la loi 18.23 renforceront sans doute cette attractivité. Mais l’enjeu réside dans la capacité à équilibrer deux dynamiques : attirer les investissements internationaux tout en construisant une industrie nationale solide, capable de raconter les histoires et réalités marocaines. Sinon, le risque est de voir le Royaume réduit à un simple “plateau de tournage mondial”, tandis que la production locale continue de souffrir d’un déficit de financement et de diffusion.

Vers une industrie plus rayonnante ?

Il ne fait aucun doute que la loi 18.23 et ses décrets d’application constituent un tournant historique. Pour la première fois, un cadre légal robuste se met en place, garantissant les droits des professionnels et offrant une base pour une dynamique renouvelée. Mais le véritable succès se mesurera à la capacité des acteurs publics et privés à transformer le texte en pratique effective et à concilier protection sociale, créativité artistique et rayonnement international.

Conclusion

Le Maroc a posé les fondations juridiques longtemps réclamées par les professionnels. Mais l’avenir du cinéma national dépendra de la manière dont ces réformes seront appliquées dans la réalité quotidienne des tournages. La grande question reste ouverte : ce cadre sera-t-il le point de départ d’une renaissance cinématographique capable de hisser le Maroc parmi les grandes nations du cinéma, ou restera-t-il un acquis juridique symbolique face aux défis de terrain ?

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