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“Marché des aliments composés au Maroc : comment le monopole des huit géants menace le pouvoir d’achat et la sécurité alimentaire nationale”

Le rapport du Conseil de la Concurrence pour l’année 2024 dresse un tableau alarmant du marché des aliments composés au Maroc. Huit seules entreprises contrôlent 75 % du secteur, imposant un monopole qui étouffe la concurrence et pèse lourdement sur les petits et moyens éleveurs ainsi que sur les consommateurs. Ce contrôle systémique transforme les aliments pour bétail, initialement simples intrants de production, en instruments de domination sur tout le secteur de la viande.

L’impact dépasse le simple cadre économique : il touche directement le pouvoir d’achat des ménages marocains, fragilisés par la hausse des prix des denrées de base, et met en péril la sécurité alimentaire nationale. Chaque fluctuation des prix internationaux, chaque crise géopolitique ou climatique dans les pays fournisseurs, se répercute instantanément sur le marché local.

Un monopole étouffant la concurrence

Le rapport montre que ces huit entreprises ne se contentent pas de réduire les marges de concurrence ; elles contrôlent toute la chaîne de valeur, de l’importation des matières premières à la distribution des produits finis, un phénomène appelé “intégration verticale”.

Cette domination exclut pratiquement les nouveaux entrants et limite l’innovation. Les petits et moyens producteurs se trouvent impuissants face à la puissance logistique et financière des géants du secteur. Ainsi, les options disponibles pour nourrir le bétail deviennent restreintes et coûteuses.

Dépendance internationale et vulnérabilité

Le marché marocain est fortement dépendant de l’importation de matières premières comme le maïs, l’orge et les tourteaux de soja. Cette dépendance rend le pays vulnérable aux fluctuations des marchés mondiaux, et chaque hausse des prix internationaux se traduit par une augmentation directe des coûts locaux. Les éleveurs paient d’abord, les consommateurs suivent.

Une crise climatique ou géopolitique dans les pays exportateurs pourrait provoquer une flambée immédiate des prix au Maroc, mettant en danger la stabilité du secteur et compromettant l’accès aux produits essentiels pour les ménages.

Un cadre réglementaire obsolète

Le rapport souligne qu’un secteur stratégique comme celui-ci est toujours régi par une législation datant de 1948. Ce retard législatif limite le développement de nouvelles formulations d’aliments, l’amélioration de la qualité, et la productivité globale.

De plus, les grandes entreprises imposent des délais de paiement longs aux petits éleveurs, les plaçant dans une situation de trésorerie critique. Les producteurs doivent financer leurs cycles de production à partir de leurs propres ressources ou contracter des crédits supplémentaires, renforçant les déséquilibres financiers et fragilisant leur capacité d’investissement.

Impacts sociaux et économiques

Ce monopole ne se traduit pas uniquement par des coûts plus élevés pour les éleveurs, il réduit aussi le pouvoir d’achat des citoyens. La hausse du prix des aliments se répercute sur les prix de la viande et des produits laitiers, affectant particulièrement les ménages à revenus modestes. Le marché des aliments composés devient ainsi un facteur clé de pressions économiques sur les familles marocaines, accentuant les inégalités sociales et économiques.

Propositions de réforme

Pour rétablir un équilibre, le Conseil de la Concurrence recommande :

  1. Promotion de la production locale de céréales et oléagineux : Encourager les agriculteurs à produire davantage pour réduire la dépendance aux importations et renforcer la souveraineté alimentaire.

  2. Modernisation des infrastructures logistiques : Optimiser ports et systèmes de stockage pour réduire les coûts de la chaîne d’approvisionnement et améliorer l’efficacité.

  3. Soutien au modèle coopératif : Permettre aux petits éleveurs de créer des groupements et coopératives pour accroître leur pouvoir de négociation et faciliter l’accès au financement et aux technologies modernes.

  4. Renforcement de la qualité et de la sécurité : Intensifier le contrôle par l’ONSSA et promouvoir l’autocontrôle chez les entreprises pour se conformer aux standards internationaux et renforcer la confiance des consommateurs.

Analyse journalistique et perspective internationale

Le monopole des huit géants illustre un déséquilibre structurel dans l’économie marocaine : les produits essentiels deviennent des outils de contrôle plutôt qu’un moyen d’assurer la sécurité alimentaire.

Le retard législatif et l’absence de mécanismes de régulation efficaces renforcent les vulnérabilités. Les expériences internationales montrent que l’intervention proactive de l’État, combinée à une stratégie globale pour soutenir la production locale et les petits acteurs du marché, est cruciale pour instaurer une concurrence saine et durable.

Conclusion

Le marché des aliments composés n’est pas un simple secteur économique : il détermine directement les coûts de production des viandes et produits laitiers, et influence le pouvoir d’achat des citoyens marocains. Réformer ce secteur par une législation moderne, la promotion de la production locale, et le soutien aux petits éleveurs, est une exigence nationale pour protéger la sécurité alimentaire, stabiliser les prix et garantir une justice économique effective pour tous les ménages.

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