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L’énigme des prix des carburants au Maroc : pourquoi la baisse mondiale ne profite-t-elle pas aux consommateurs ?

Alors que les marchés internationaux enregistrent une baisse des prix du pétrole brut, le consommateur marocain s’interroge : pourquoi cette baisse ne se répercute-t-elle pas sur les prix de l’essence et du diesel dans les stations locales ? Ce mystère, qui intrigue les citoyens et alimente les débats parmi les experts, n’est pas une simple question de prix, mais reflète des défis stratégiques dans le secteur des hydrocarbures au Maroc, avec un impact direct de la fermeture de la raffinerie « Samir » sur l’économie nationale.

1. Les prix mondiaux du pétrole et la baisse récente

Selon les données des marchés internationaux, les prix du pétrole ont chuté à la clôture des dernières séances de vendredi, les investisseurs restant prudents face à une faiblesse de la demande aux États-Unis et à l’augmentation de l’offre après la décision de l’OPEP+ d’accroître le rythme de production.

Le Brent s’établissait ainsi à 68,12 dollars le baril et le WTI à 64,01 dollars le baril.

Ces baisses auraient normalement dû se refléter rapidement sur les consommateurs marocains, mais la réalité locale est différente : les prix des carburants diminuent très légèrement, parfois de quelques centimes, tandis que les mois précédents ont connu des hausses successives.

2. Le Maroc et la fermeture de la raffinerie « Samir » : un facteur déterminant

Parmi les facteurs majeurs expliquant le retard de la répercussion de la baisse mondiale, figure la fermeture de la raffinerie « Samir », qui fournissait une grande partie des besoins du marché marocain en produits pétroliers raffinés.

  • Avant sa fermeture, le Maroc pouvait raffiner le pétrole brut localement, ce qui offrait une flexibilité face aux fluctuations mondiales des prix.

  • Après la fermeture, le pays dépend entièrement des importations de produits raffinés, ce qui signifie que les prix locaux sont directement liés aux cours internationaux, avec un délai de transmission lié à la nature des contrats à long terme avec les fournisseurs.

  • De plus, la perte de capacités de stockage stratégique accroît la sensibilité du marché marocain aux variations des prix mondiaux.

3. Comparaison avec d’autres pays : une baisse rapide des prix

De nombreux pays possèdent des raffineries locales ou des politiques de tarification flexibles, ce qui leur permet de répercuter rapidement la baisse mondiale sur les consommateurs :

  • États-Unis : un réseau étendu de raffineries et des prix indexés sur le marché spot permettent une baisse des prix de l’essence en quelques jours ou semaines.

  • Arabie Saoudite et Émirats : raffinage local complet et contrôle direct des prix par l’État, garantissant une répercussion immédiate des baisses mondiales.

  • Europe : malgré des taxes élevées, les mécanismes de fixation des prix permettent une adaptation rapide aux variations mondiales, avec une transparence dans la communication des prix.

À l’inverse, le Maroc repose sur l’importation de produits raffinés à long terme, ce qui rend la transmission de la baisse mondiale très lente et parfois partielle.

4. Les marges bénéficiaires et leur impact sur les prix

Le Conseil de la Concurrence marocain a révélé pour la première fois les marges nettes des distributeurs de carburants. Le taux moyen de marge nette s’élève à 2,9%, soit 0,43 dirham par litre de diesel et 0,61 dirham par litre d’essence, un niveau supérieur à celui observé entre 2022 et 2024 (1%).

Cette analyse montre que les prix locaux ne dépendent pas uniquement des cours du pétrole, mais également des marges bénéficiaires, des coûts d’importation, de stockage et de transport, ainsi que des contrats de long terme conclus avec les fournisseurs étrangers.

5. Solutions possibles

Pour réduire l’écart entre les prix locaux et les cours mondiaux, plusieurs mesures stratégiques sont envisageables :

  1. Redémarrage de la raffinerie « Samir » ou construction de nouvelles raffineries : cela permettrait au Maroc de raffiner localement, réduisant ainsi la dépendance aux importations et offrant une flexibilité dans la fixation des prix.

  2. Mécanismes de tarification flexibles et transparents : lier les prix locaux directement aux évolutions mondiales, tout en intégrant les coûts locaux, afin que le consommateur ressente immédiatement les baisses ou hausses.

  3. Stockage stratégique : créer des réserves importantes pour amortir les fluctuations mondiales.

  4. Contrôle du marché et lutte contre le monopole : renforcer le rôle du Conseil de la Concurrence et surveiller les marges des entreprises pour éviter des hausses injustifiées.

6. Conclusion : l’énigme des prix révélée

Le mystère des prix des carburants au Maroc n’est pas une simple anomalie économique, mais le résultat de facteurs structurels et stratégiques :

  • Dépendance totale aux importations après la fermeture de « Samir ».

  • Contrats à long terme avec les fournisseurs étrangers.

  • Marges bénéficiaires élevées des distributeurs.

  • Absence de mécanismes de tarification flexibles.

Les pays disposant de raffineries locales et de politiques de tarification adaptées voient les baisses mondiales se refléter rapidement dans les stations-service.

Ainsi, la question dépasse le simple débat sur la hausse ou la baisse des prix : elle constitue un appel à repenser la stratégie nationale en matière d’énergie et de carburants, afin que le consommateur marocain bénéficie directement des fluctuations mondiales, et que le marché soit plus équitable et transparent.

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