Dans une démarche politique délicate, Idriss Azmi, cadre et vice-secrétaire général du Parti de la Justice et du Développement (PJD), a placé l’intégrité des élections au cœur du débat national. Lors d’une conférence de presse et à travers une note officielle remise au ministère de l’Intérieur, Azmi a insisté sur le fait que des élections libres et équitables ne constituent pas seulement un devoir constitutionnel, mais sont également une condition essentielle pour produire des institutions élues jouissant de légitimité, de crédibilité et de confiance.
La déclaration d’Azmi ne se limite pas à une simple position partisane. Elle représente un accusation politique directe qui touche au cœur du processus électoral et à la légitimité des institutions issues des élections de 2021. C’est pourquoi il est crucial d’aborder cette question avec une presse d’analyse approfondie, qui équilibre l’examen rigoureux des faits et le respect de l’éthique professionnelle.
Introduction : l’intégrité électorale comme enjeu existentiel
La déclaration d’Azmi dépasse le cadre du discours partisan. Elle pose au lecteur une question fondamentale : le Maroc traverse-t-il une véritable crise de confiance dans son processus électoral ?
L’intégrité électorale n’est pas un simple slogan : elle est la condition sine qua non pour disposer d’institutions élues capables de prendre des décisions et de mettre en œuvre des politiques avec la confiance des citoyens. L’histoire politique marocaine fournit plusieurs exemples illustrant l’importance de ce principe :
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Élections de 1997 : première transition pacifique du pouvoir après des scrutins multipartites précoces, un moment charnière qui a restauré la confiance dans le processus électoral.
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Élections de 2011 dans le contexte du Printemps arabe : les réformes constitutionnelles ont joué un rôle clé dans la reconstruction de la confiance, démontrant que l’intégrité et la communication avec les citoyens sont des bases essentielles pour la stabilité démocratique.
La déclaration d’Azmi rappelle ainsi que les élections ne sont pas un simple rituel administratif, mais un miroir de la crédibilité du système politique.
De 2016 à 2021 : un recul dans la construction démocratique
Azmi affirme que le Maroc a connu depuis 2016 un recul dans la construction démocratique, accentué par les élections du 8 septembre 2021. Il relève plusieurs points critiques :
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L’adoption d’un quotient électoral exceptionnel et atypique, basé sur l’ensemble des inscrits sur les listes électorales.
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L’annulation du seuil prévu pour la participation à la répartition des sièges.
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L’usage intensif de l’argent politique et son impact sur les résultats des élections.
L’analyse de ces points soulève des questions centrales :
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Ces observations reflètent-elles un dysfonctionnement méthodologique dans la législation électorale, ou sont-elles un effet de la défaite du PJD à ces élections ?
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Comment le quotient électoral et l’usage financier peuvent-ils influencer la représentation politique équitable ?
Dans des expériences internationales similaires, comme en Tunisie ou en Jordanie, le quotient électoral est parfois utilisé pour redessiner la carte politique, offrant un contexte plus large pour comprendre les propos d’Azmi sur le flou entourant les élections précédentes et leurs effets sur le paysage politique.
L’argent et la neutralité administrative : des accusations à vérifier
Azmi mentionne également l’usage intensif de l’argent politique, le biais du dispositif administratif, la mise en avant d’acteurs électoraux opportunistes, et l’orientation des électeurs.
D’un point de vue journalistique :
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Existe-t-il des rapports officiels ou judiciaires confirmant ces allégations ?
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Le ministère de l’Intérieur a-t-il publié des clarifications sur ces accusations ?
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Les autres partis partagent-ils le même diagnostic, ou s’agit-il d’un discours défensif strictement partisan ?
Examiner ces points permet à la presse de passer de la simple retranscription d’un propos partisan à une analyse approfondie fondée sur des données objectives.
Les élections de 2021 et la crise de confiance dans les institutions
Azmi relie les résultats de 2021 à une série de poursuites et de procès visant des députés, élus et responsables locaux pour suspicion de corruption financière ou d’infractions légales, un phénomène inédit depuis l’indépendance.
La question analytique ici : cela reflète-t-il un dysfonctionnement du processus électoral, ou est-ce le signe d’une justice plus stricte face aux élites après leur accession au pouvoir ?
Des exemples internationaux montrent que les élections peuvent produire des élites corrompues, même dans des démocraties solides :
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Brésil, dans le cadre de l’enquête « Lava Jato », avec des politiciens élus jugés pour corruption.
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Italie, dans les années 1990, où des scandales massifs de corruption ont conduit à de profondes réformes du système politique et électoral.
Ces expériences soulignent la nécessité de distinguer la faiblesse des élites des défaillances systémiques, afin d’offrir une lecture précise du chemin démocratique au Maroc.
Les élections à venir de 2026 : une opportunité de renouveau
Azmi considère que les scrutins de 2026 pourraient représenter une étape pour restaurer la confiance dans le processus démocratique, notamment face à des défis internes et externes majeurs.
Mais la simple modification des lois suffit-elle à garantir l’intégrité des élections ? L’analyse suggère la nécessité de :
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Garantir la neutralité totale de l’administration durant le processus électoral.
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Renforcer le contrôle du financement électoral et limiter l’influence financière.
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Protéger les observateurs locaux et internationaux et faciliter leur travail.
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Impliquer la société civile et les ONG de défense des droits dans la supervision électorale.
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Assurer la clarté et la transparence dans la publication des résultats et procès-verbaux.
Ces mesures constituent des garanties essentielles pour restaurer la confiance dans les institutions élues.
L’angle éthique et professionnel du journalisme
D’un point de vue éthique et professionnel, il ne s’agit pas d’adopter les propos d’Azmi tels quels, mais de les transformer en point d’entrée pour un débat national complet. Le journalisme doit :
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Présenter les accusations tout en respectant l’objectivité.
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Recueillir les réactions officielles.
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Faire appel à des indicateurs objectifs issus des rapports du Conseil supérieur des comptes, des associations de défense des droits et des évaluations d’observateurs internationaux.
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Poser des questions fondamentales sur les causes et les conséquences des dysfonctionnements, et leur impact sur la confiance dans les institutions.
Conclusion : élections et crédibilité nationale
La déclaration d’Idriss Azmi met en lumière une question centrale pour le Maroc aujourd’hui : l’intégrité des élections et la crédibilité des institutions élues.
Le journalisme national est appelé à :
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Mener des enquêtes objectives sur les allégations d’Azmi.
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Présenter faits et analyses tout en respectant la neutralité.
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Ouvrir un débat public sur la réforme des lois électorales, le renforcement du contrôle et la participation effective des Marocains résidant à l’étranger.
Construire des institutions élues crédibles n’est pas un luxe politique, mais une nécessité nationale pour assurer la stabilité de l’État, la confiance des citoyens et la continuité de la démocratie. Cela doit être le fil conducteur des élections de 2026.



