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Un demi-milliard pour le festival de Kénitra place le ministère de l’Intérieur sous la loupe du Parlement

Dans les rues de Kénitra et ses quartiers populaires, l’appel à profiter de l’ambiance festive du festival de la ville, prévu du 23 au 26 août, se mêle aux conversations quotidiennes sur le chômage, l’absence d’éclairage public et la dégradation des infrastructures.
La nouvelle relayée par les médias, annonçant que le budget du festival avoisine les 50 millions de dirhams provenant de fonds publics, n’est pas passée inaperçue. Elle a déclenché une vive controverse politique et sociale, dont l’écho est arrivé jusqu’au Parlement.

Le député Mostafa Ibrahimi, du groupe parlementaire du Parti de la Justice et du Développement, a adressé une question au ministre de l’Intérieur concernant les critères de financement du festival et la sélection de certains artistes. Selon lui, allouer un demi-milliard de centimes à un événement festif, dans une ville qui attend encore la réhabilitation de ses routes, l’amélioration de son éclairage et la création d’emplois pour ses jeunes, soulève de sérieuses interrogations sur les priorités du conseil communal et de ses partenaires.

La rue partagée entre partisans et opposants

Lors d’une tournée dans quelques quartiers de la ville, les avis divergent clairement dans les propos des habitants :

  • El Haj El Arabi, sexagénaire du quartier Oulad Oujeh : « La ville a besoin de routes et d’éclairage, c’est plus important que les fêtes. »

  • Amina, étudiante universitaire : « Le festival est une occasion de se réjouir et de sentir que notre ville ressemble aux grandes métropoles. »

  • Hassan, jeune chômeur : « Un demi-milliard de centimes suffit pour lancer un projet qui emploierait des centaines de jeunes… N’est-ce pas là la vraie priorité ? »

  • Mourad, propriétaire d’un café près de la place d’accueil : « Ces jours-là, je gagne l’équivalent de plusieurs mois. Cela profite aux petits commerçants. »

La polémique autour de la programmation artistique

Le point le plus controversé réside dans l’invitation du rappeur marocain “Toto” pour la soirée du 24 août. La question parlementaire a ravivé le débat suscité par sa participation au festival Mawazine, marqué à l’époque par des critiques virulentes sur son comportement et ses paroles.

Le débat ne s’est pas limité au coût, mais s’est étendu à la programmation artistique. Ibrahimi estime que le financement d’un tel événement par des fonds publics rend inacceptable — selon ses termes — « d’offrir une tribune à un artiste ayant de tels antécédents », en raison des effets négatifs potentiels sur les adolescents et les jeunes.

Le député a demandé au ministre de l’Intérieur des clarifications sur les engagements contractuels et juridiques imposés aux artistes, ainsi que sur les sanctions prévues en cas de non-respect des normes éthiques et culturelles. Une inquiétude qui reflète celle d’une partie importante des familles, pour qui de tels événements devraient être organisés selon des critères respectueux de l’identité culturelle de la ville et de la dignité de ses habitants.

Entre développement et divertissement

Le festival met en lumière une problématique plus large : comment hiérarchiser les priorités de développement dans les villes marocaines ?
L’investissement dans la culture et les arts constitue-t-il un levier légitime pour dynamiser l’économie locale et attirer des visiteurs ? Ou bien faut-il d’abord donner la priorité aux infrastructures et aux services de base, que les citoyens attendent au quotidien ?

Entre ceux qui voient dans le festival une fenêtre de joie et d’ouverture, et ceux qui le considèrent comme un luxe dans un contexte de déficit de développement, une conclusion s’impose : Kénitra a besoin d’un débat public transparent sur la manière de fixer ses priorités.

Une recommandation essentielle ressort de cette controverse : impliquer davantage la population et la société civile dans la définition des priorités et des programmes, afin que les citoyens aient le sentiment que les deniers publics sont dépensés selon leurs besoins réels, et non dictés d’en haut.

Conclusion

La polémique autour du festival de Kénitra reflète une divergence légitime entre des besoins immédiats de la population et des aspirations à un rayonnement culturel et artistique. Ce débat pourrait devenir une opportunité pour instaurer une approche participative, garantissant que les ressources publiques soient investies de manière équilibrée entre infrastructures essentielles et offre culturelle pour la ville.

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